2010-03-04

Naissance de l'hindouisme

Les origines de l'hindouisme remontent au IIIe millénaire avant Jésus-Christ, à la civilisation de l'Indus. Pour les hindous, les Vedas, révélés aux sept Rishis (ṛ ṣi , ऋषि , ឫសី  ou ឥសី  Ei Sei en Cambodgien), constituent les fondements de leur spiritualité. Veda, en sanskrit devanāgarī : वेद , veut dire «vision» et «découverte». Les deux termes conjugués renvoient bien le sens de "connaissance révélée" (soulignons à ce propos que le mot "connaissance" en sanskrit est Shramana, il signifie aussi "personne initiée" ou "être éclairé", et constitue par ailleurs la racine du mot Chaman, qui désigne le réceptacle humain des Savoirs). Transmis oralement dans une langue archaïque avant d’être consignés par écrit par le grand compilateur Vyasa, les Vedas comprennent des hymnes et des invocations à caractères sacrés, voués aux rites du sacrifice, dont le sens intérieur s’est peu à peu perdu au fil du temps. De nouveaux textes apparurent au Ve siècle avant J.-C. Il s’agit d’une part des Brahmanas, qui se sont attachés à conserver les formes védiques, à préciser le sens symbolique des cérémonies et des mythes traditionnels, et d’autre part des Upanishads, textes philosophiques qui eurent pour vocation de retrouver par la méditation l’esprit même des Vedas. Toutefois, ces commentaires, exprimés en termes plus intelligibles, ont davantage contribué à fonder le Vedanta qu’à livrer le vrai secret des intuitions védiques. Ils ont été à l’origine d’une renaissance, d’une nouvelle connaissance et expérience spirituelles dont découlent tous les courants philosophiques de l’Inde, toutes les croyances et vénérations aux dieux du panthéon indien.

Si le Vedanta a supplanté les Vedas, il faut cependant remarquer qu'il n'y a pas eu de réelle cassure entre la forme archaïque et la pensée plus récente. La continuité fut assurée par une fidèle référence au Brahman, demeuré le centre de la spéculation traditionnelle. En outre, certaines Upanishads de date ancienne ont des attaches védiques, tandis que d’autres ont été intégrées aux Vedas, après une longue période de controverses. Au corpus initial du "Triple Veda" - le Rig-Veda (ऋग्वेद), premier recueil composé de stances, le Sama-Veda (सामन्), second texte qui regroupe les chants rituels agrémentés de leurs modes de cantillation, et l’ Yajur-Veda (यजुर्वेद), troisième ouvrage composé de mantras ou formules sacrificiels - est venu s’ajouter l'Atharva Veda, quatrième recueil de magie blanche et noire issu de la famille de Rishis brahmans Atharva (अथर्वा), suggérant ce qui est convenu d'appeler le «Quadruple Veda».



Les manifestations du Brahman

Le Dieu des Vedas désigne la réalité ultime de l’Absolu, il est l'Être universel, le Un, le Brahman capable de se déployer sous divers noms et différentes formes manifestées, présent aussi en tant que Soi ou Atman en chaque être individuel. La pratique populaire fait abstraction de cette philosophie complexe et pas toujours accessible de l'unité divine, en se contentant d'adorer une seule divinité, sans toutefois rejeter les autres. Considéré généralement comme un polythéisme, cette pensée transcendante proclame l'Absolu sous de multiples formes. On dénombre plus de 330 millions de divinités vénérées par les hindous dans le monde.

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En France, selon les données provisoires du bilan démographique de l'année 2009 rendu public mardi 19 janvier 2010 par l'Insee, nous sommes 65,4 millions d'habitants et près de 500 millions en Union Européenne à 27. Comparé à ces chiffres, le nombre de 330 millions de divinités correspond donc à plus de 5 fois la population française et à plus de trois cinquièmes de celle de l’Europe.

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C’est dire combien le panthéon indien forme une vaste population, sans compter les divinités ចុតិ, ច្យុត, ច្យុតិនៃទេវតា qui apparaissent parfois sous des formes humaines ou animales, appelées អវតារ avatars, et les épouses des dieux, leur parèdre féminin, qui représentent leur énergie personnifiée.

Derrière cette arborescence aux ramifications complexes, qui se réfère toujours à la racine première de l’unité divine, trois grandes figures se démarquent de la multitude et font l’objet d’un culte particulier. Afin de réaliser le Brahman, de se fondre en lui, on s'adresse à l'une des manifestations de la triade divine, encore appelée Trimūrti, qui correspond aux trois aspects fondamentaux et indissociables de l'univers. Il s’agit de Brahmā, l’aspect créateur, Vishnu, l’aspect protecteur, et Shiva, l’aspect destructeur.



Brahmā, le créateur

ព្រះព្រហ្ម Preah Prum en Cambodgien, Tschang-pa en Tibétain, Fanwang en Chinois ou Bonten en Japonais. Cet ordonnateur de la matière et de l'univers est né dans une fleur de lotus, celle-ci émergeant du cordon ombilical de Vishnu. Il est représenté muni de quatre têtes couronnées, quatre mains détenant la cuillère sacrificielle, les Vedas, un chapelet et un pot d'eau. Assis sur une fleur de lotus qui symbolise l'élévation spirituelle, il se déplace sur sa monture, le cygne សត្វហង្ស capable de discerner le bien et le mal. Son épouse est la déesse de la connaissance, appelée Saraswatĩ. Les hindous ne l'ont pas beaucoup adoré. En revanche, Brahmā reste une figure fréquente dans le bouddhisme, il intervient en tant que dieu capable de solliciter l'enseignement d'Éveil du Bouddha. Brahmā est aussi le nom donné au premier des domaines célestes des divinités de la forme pure, où les croyants laïcs qui ont accumulé tous les mérites par leurs actions de donations à la Sangha - la communauté bouddhique - peuvent espérer y renaître. Ce premier ciel se partage en trois : le ciel Brahmapārshadya (Bonshuten, en japonais), le ciel Brahmapurohita (Bonpoten) et le ciel Mahābrahman (Daibonten). Certains bouddhas comme Vairocana à quatre visages et quatre bras incarnent la forme de Brahmā.

Les avatars de Brahmā sont Hiranyagarbha, Prajapati, Vidhi, Lokesha, Dhatri et Vishvakarma.

La Shakti ou Parèdre de Brahmā est Sarasvati, ses avatars sont Brahmi, Sarada, Vagishwari.



Vishnu, le conservateur de l'Univers

ព្រះនរាយណ៍, ព្រះនារាយណ៍ ou encore ព្រះវិស្ណុ en Cambodgien. Doté de quatre mains, détenant une conque dans laquelle il souffle afin de combattre les forces du mal, ce dieu est aussi représenté muni d’un disque tournoyant autour de son index afin de décapiter les démons, d’une masse d'or, signe de sa puissance et d’une fleur de lotus. Il est traditionnellement représenté endormi, incarnant la stabilité du monde du moment, mais durant son sommeil, il songe déjà à concevoir le prochain. Bienveillant et protecteur, Vishnu assure la vie et la préservation du monde. Pour permettre son intervention directe dans le cours des choses, il se manifeste sous forme d'un avatar. Son véhicule est l'aigle mythique សត្វគ្រុឌ Garuda, celui qui étend la connaissance. Son épouse est la déesse de la beauté et de prospérité, appelée Lakshmi.

Pour n'évoquer que les dashavatārās (dix avatars), selon la tradition récente, citons :

1. Matsya, (មច្ឆា Matcha, en Cambodgien) le poisson : lors d'un déluge, Vishnu apparaît sous la forme de poisson à មនុស្ស Manus, la première humanité.

2. Kûrma (कुर्म), la tortue : après le déluge, Vishnu se manifeste sous la forme d’une tortue géante, se posant au fond de l'océan pendant que les dieux apposent une montagne sur sa carapace et lui impriment une rotation, entrainant ainsi le mouvement dit de barattage de la mer de lait. De ce mouvement sont nées la déesse Lakshmi, ព្រះច័ន្ទ Preah Chandra la lune, la vache sacrée Surabhi, etc.

3. Varāha, le sanglier : afin de terrasser un démon qui cherche à précipiter les terres et ses habitants à la mer, Vishnu s'incarne en sanglier.

4. Narasimha, l'homme-lion : le démon Hiranyakashipu s'attaque à un dévot; pour le sauver, Vishnu se manifeste en guerrier à tête de lion, et fait surgir une muraille de pierre.

5. Vāmana, le nain : Vishnu s'incarne en nain capable de parcourir tout l’espace environnant puisqu'il arrive à l’enjamber en trois pas, ceci afin de contraindre le démon Bali à la défaite.

6. Parashurāma, le prince combattant ou Rāma à la hache : Rāma , fils d'un roi destitué par son épouse, supprime la reine traîtresse et réussit à vaincre seul l'armée du tyran.

7. Rāma Chandra, le vainqueur : Sita, la femme de Rāma est enlevée par le souverain de Lanka. Hanuman et d’autres divinités incarnées en animaux aident Rama en établissant un pont jusqu'à l'île de Ceylan (l’actuel Sri Lanka). Rāma livre bataille sur l'île et élimine le ravisseur. La fameuse épopée Rāmayana est transcrite en Cambodgien sous le titre de រាមកិរ្តិ៍ Rāmakirti, connue partout en Asie du Sud-Est.

8. Krishna, le guerrier foudroyant : pour éviter son oncle infanticide, Krishna (bleu-noir, en Sanskrit) est exilé chez des bergers. Adolescent, très beau et fort, il est capable de séduire les vachères avec sa flûte enchantée. Il mène une lutte sanglante contre ses cousins, avec la complicité d'Arjuna, contée dans l'épopée Mahābhārata (महाभारत).

9. Bouddha, l'Éveillé : l'ultime incarnation, paraît-il, de Vishnu.

10. Kalki, le jugement ultime : incarnation de Vishnu à venir.

La Shakti ou Parèdre de Vishnu est Lakshmi, ses avatars sont Sita, Rukmini, Padma.



Shiva, le destructeur

ព្រះឥសូរ Preah Ei So, ព្រះសិវៈ Preah Sé Veak, en Cambodgien. Avec un cobra autour du cou, tenant un trident, il est représenté parfois assis sur une peau de tigre, symbole des instincts maîtrisés. Le lingam sous forme de phallus est son emblème, symbolisant l'énergie créatrice - la source du monde. Sa tête porte un croissant de lune, symbole du cycle du temps et, de sa chevelure coule le Gange, le premier fleuve sacré. Seigneur de la danse cosmique, des ascètes et des yogis, à la fois complexe et contradictoire, il représente l'action destructrice - inéluctable et regénérante - de l'Absolu. Sa monture est le taureau Nandi. Son épouse est la manifestation bienveillante de la déesse Mère, symbole de l'épouse aimante, appelée Parvati. Les dévots shivaïtes arborent sur leur front le signe de trois bandes blanches.

Les avatars de Shiva sont Mahesh, Nataraja, Rudra, Bhairava, Dakshinamurti, Kameshvara.

La Shakti ou Parèdre de Shiva est Parvati, ses avatars sont Annapurna, Lalita, Kali, Durga, Santosh.



L'Absolu sous de multiples formes

Il est une multitude de divinités mineures ou majeures dans le culte ou l'invocation :

ព្រះឥន្រ្ទ, ព្រះឥន្ទ, en Cambodgien. Indra est le chef suprême ou le Dieu supérieur de toutes les divinités des divers étages de cieux.

ព្រះគណេស Preah Ganeh, ព្រះវិឃ្នេស, ព្រះភឃ្នេស, en Cambodgien. Le dieu Ganesh à tête d'éléphant est réputé porter chance aux commerçants et navigateurs, le rat est sa monture.

Le dieu Muruga, vénéré surtout par les Tamouls, porte l'aspiration de jeunesse éternelle. Le paon est son animal associé.

La guerrière Durga, une des épouses de Shiva, représentée en sari rouge, est dotée de dix bras portant chacun une arme.

La terrifiante Kali, à plusieurs bras, est représentée avec une guirlande de crânes autour du cou, une ceinture d'avant-bras à la taille.



Yoga de la vie

Comptant plus de 900 millions de fidèles, l'hindouisme est la religion la plus vieille de l’humanité. Elle se caractérise aussi par l’importance accordée aux notions de Karma (le poids des actes) et de Samsara (le cycle continuel des renaissances). Afin de parvenir à la libération, nombre de techniques de yoga ont vu le jour, mais la plupart ne perçoivent plus le salut au sens védique du terme, comme une victoire sur l’ignorance, grâce à la descente dans l’homme d’une conscience divine. Elles consistent à s’extraire au plus vite de ce cycle des renaissances pour atteindre un état de béatitude. La réalisation de l’Unité au sein de notre monde de division, peuplé de formes multiples en perpétuelle évolution, fut pourtant l’impulsion première à l’origine de l’hindouisme.


De ce complexe et riche enseignement, citons Sri Aurobindo (15 août 1872 - 5 décembre 1950) : "Si dans la Multitude nous poursuivons avec insistance l'Un, c'est pour revenir avec la bénédiction et la révélation de l'Un se confirmant dans le Multiple." La quête de l'essence divine, pour une vie pleine en communion cosmique. "La véritable clé du Veda se trouve dans l’intelligence d’un sens plus intérieur." Ce que cherche à transmettre les Rishis (ឫសី ou ឥសី Ei Sei en Cambodgien) relève de l'initiation car le Veda reste dans son principe le livre prédestiné de l’illumination spirituelle et de la culture de soi. Ces notions ne veulent plus dire grand chose aujourd'hui , mais il s'agit pourtant de les redécouvrir dans notre réalité quotidienne pour réellement progresser. Car si ce monde de haute technologie et de finance de haut vol a de quoi fasciner, les épreuves qu'il nous assène contribuent, peu ou prou, à une remise en cause, à un retour au centre, à une ré-interrogation de notre humanité intrinsèque. Qu'est ce qui se cache derrière notre quête persistante de bonheur, qu'est ce qui nous pousse à vivre tout simplement ?



Bibliographie

"Sri Aurobindo ou l'aventure de la conscience" par Satprem, 398 pages, aux Éditions Buchet/Chastel, Paris, mars 2010, prix 25 €, ISBN 978 2 283 01972 6.

"L'Arbre du yoga" par B.K.S. Iyengar, 266 pages, aux Éditions Buchet/Chastel, Paris, janvier 2007, prix 18 €, ISBN 978 2 283 02039 5.

"Pranayama dipika, Lumière sur le Pranayama" par B.K.S. Iyengar, 292 pages, aux Éditions Buchet/Chastel, Paris, octobre 2007, prix 37 €, ISBN 978 2 283 02302 0.

"Yoga, Joyau de la femme" par Gīta S. Iyengar, 342 pages, aux Éditions Buchet/Chastel, Paris, avril 2006, prix 35 €, ISBN 978 2 283 02207 8.

"Lumière sur les Yoga Sūtra de Patañjali, Patañjala Yoga Pradīpikā" par B.K.S. Iyengar, 544 pages, aux Éditions Buchet/Chastel, Paris, janvier 2004, prix 35 €, ISBN 978 2 283 01819 4.



(Écrit avec la collaboration aimante de Dominique)

2010-01-25

À propos des religions

វេទិកាស្វៃរិន ៖ អនិច្ចាវាសនា គ្រួសារចៅកេត !
Tribune libre : Aniccha Veasna Kroursar Chau Két !

Notice légale :  Dans l'élan de réflexion générale et de libre expression, nous publions des articles ayant une hauteur de vue intéressante dont le contenu, y compris le fond et la forme, relève entièrement de la seule responsabilité des auteurs et n'implique nullement notre approbation ou critique. Nous déclinons toute responsabilité quant aux opinions explicites ou implicites qui y sont exposées. La Rédaction de Bodhi Line.



À propos des religions


Le bouddhisme, le christianisme, le judaïsme, le brahmanisme, l’islam, le confucianisme… toutes ces religions sont nées en Inde, en Chine ou au Proche-Orient. Aucune au Cambodge, aucune en Amérique du Nord ou du Sud, aucune en Europe. Donc par définition, elles sont toutes sans exception étrangères à ces régions.

Certaines sont plus ou moins mieux implantées que d’autres ici ou ailleurs mais cela ne justifie en aucune façon le haro sur le prosélytisme de fois « étrangères ». Porter un jugement sur d’autres religions ou sur la foi d’autres croyants est une chose lamentable, cruelle, dommageable et stupide.

Nous ne sommes plus au Moyen Âge

À l’époque de la globalisation, la circulation des idées est un phénomène inéluctable. Les opérateurs spirituels sont en compétition. Que le meilleur gagne ! Le choix doit rester libre avec la possibilité de l’exprimer. Avec toutefois des restrictions de bon sens contre les entreprises criminelles et sectaires : pas de bombes, pas d’achat d’âmes, pas d’incitation à la violence et à la haine. En un seul mot pas d’entreprise sectaire.

Rappelons-le, les critères de jugement ne se situent pas au niveau idéologique des croyants mais au niveau des agissements et des comportements qui sont contraires aux principes fondamentaux des droits de l’homme, à la dignité et à la liberté des personnes humaines.

Qu’est-ce qu’une secte ?

Une secte est une association dans laquelle on pratique :

« Une manipulation mentale qui entraîne : endoctrinement, contrôle de la pensée, viol psychique.

Une destruction de la personne, sur un plan :
physique : alimentation carencée, manque de sommeil, travail intensif;

psychique : altération de la personnalité, du comportement et de l'esprit critique;

intellectuel : rétrécissement des champs de connaissances extérieures à la secte;

relationnel : régression des capacités de communication;

social : animosité totale envers le système global de la société;
Une destruction de la famille : critiques, attaques, injures, calomnies. Éloignement, rupture de la relation parents/enfants. Séparations, divorces.
Voire : une destruction de la société : soit en empêchant les adeptes de participer à la vie sociale et culturelle de leur pays, soit en demandant à des adeptes d'infiltrer tous les réseaux de la vie économique, politique.
Avec à la base : une escroquerie intellectuelle, morale et financière. »

Adapter le bouddhisme khmer à la modernité :

Pourquoi la question d’adapter le bouddhisme khmer (BK) à la modernité ? Le BK souffre d’un déficit de plusieurs siècles, plus particulièrement depuis l’époque des khmers rouges durant laquelle le bouddhisme rituel avec un amas de révélations et de rites sans trop de relation avec les textes originaux et la réalité a prévalu.

Pour adapter le BK à notre temps, il faut de la créativité et de l’intelligence. Il y va de la survie de notre culture. Il faut, à chaque période, forger les outils de réflexions propres aux enjeux contemporains, dans un double mouvement d’adaptation et d’accommodation adapté à la mentalité cambodgienne et à la modernité tout en respectant le message du Bouddha.

Une interprétation renouvelée du BK doit tenir compte de la vie aujourd’hui et surtout de l’apport du progrès des sciences humaines et sociales. Il faut bannir de notre pensée l’idée selon laquelle les sciences nées de l’étranger sont étrangères à notre culture.

Pour créer un État moderne, il faut séparer les religions et l’État en rompant le lien d’assujettissement entre religion et politique. Car si la religion contrôle la politique cela signifie que cette dernière n’est qu’un instrument d’asservissement et inversement quand la politique dicte la religion comme actuellement au Cambodge.

Ces deux univers doivent être clairement séparés, chacun dans son coin, chacun dans son rôle.

Pour renouveler le BK, il faut cesser d’apprendre par cœur et de copier aveuglément les anciens. Ce mimétisme est illusoire.

Loin du « désenchantement du monde » énoncé par Marcel Gauchet il y a un quart de siècle, nos sociétés connaissent un retour de la religiosité prévu par André Malraux. La politique identitaire, le nationalisme – à l’échelle locale, nationale, régionale, prennent le dessus. Ce retour est en partie la conséquence de la peur.

D’ailleurs si vous êtes un leader politique et que vous n’arrivez pas à vous faire une place, la recherche de boucs émissaires à tout prix devient comme une seconde nature. D’où les théories du complot.

Mais finalement les gens commencent à comprendre la nécessité de vivre ensemble : la coopération est plus bénéfique que la confrontation. Le racisme, le nationalisme est sur le déclin.

Personnellement, je préfère me tenir à l’écart autant que possible car ce débat est à mes yeux vraiment pervers. C’est une régression par rapport aux acquis de l’humanité.

La question qui se pose pour 2010 et pour tout le 21ème siècle est de savoir si nous sommes capables de ne plus fonctionner sur un mode conflictuel. La politique n’est pas une guerre civile permanente inéluctable entre amis et ennemis. Selon moi il faut transformer cette distinction entre amis et adversaires. La promotion de la tolérance est une des missions urgentes à remplir pour 2010.

Le développement de l’éducation :

L’injustice et l’ignorance sont deux fléaux répandus au Cambodge. Des fossés se creusent et s’approfondissent jusqu’au dialogue de sourds, amalgames et réactions violentes.

Jamais dans l’histoire, l’humanité n’a connu de période au cours de laquelle toutes les civilisations prospéraient ensemble. Aujourd’hui, il existe pourtant une solution : le développement de l’éducation.

Une utopie ? Comme Platon nous l’a enseigné, l’utopie est le feu avec lequel il nous faut jouer car c’est le seul moyen dont nous disposons pour sortir de ce que nous sommes. L’homme est un être qui doit avoir un projet en prenant comme idéal sa propre fin.

L’éducation mettra les sociétés arriérées et les sociétés prospères sur un pied d’égalité et elle leur permettra ainsi de récolter les fruits de la mondialisation.

Investir dans l’éducation c’est investir pour l’avenir. Il y a neuf ans, les Nations Unies et les Chefs d’États du monde entier se sont mis d’accord sur les objectifs du millénaire pour le développement en vue de réduire la pauvreté dans le monde. L’un des points forts pour réaliser cet objectif, c’est d’assurer que d’ici 2015 tous les enfants du monde entier, filles et garçons, pourront aller à l’école et terminer leurs études primaires.

Concrètement, il faut que tous puissent commencer à partir d’aujourd’hui pour finir dans cinq ans.

En ce qui concerne le Cambodge, je me refuse de croire qu’il est impossible de permettre à chaque petit cambodgien de s’instruire conformément aux Objectifs des millénaires des Nations Unies.

L’enseignement du mépris a assez duré, il est bien temps de passer à l’enseignement de l’estime.

Ong Thong Hoeung


2010-01-06

Nous perdons de plus en plus le nord

Vers l'an mil, les Chinois ont inventé la boussole, bien pratique à l'époque pour s'orienter car celle-ci offre la particularité de toujours indiquer le pôle Nord. On se sert maintenant encore des compas pour la navigation aérienne et maritime. Malgré la disponibilité du calcul de géolocalisation GPS, les navigateurs d'avion de ligne ou de bateau n'ont cessé de se repérer à l'aide de leur classique compas, ainsi que les militaires qui l'utilisent pour guider leurs missiles, de même que les pétroliers pour les recherches et l'exploration offshore en haute mer. Savez-vous que le pôle Nord géographique ne désigne pas réellement le pôle Nord magnétique, point de repère fiable vers lequel ces outils convergent ?

Il y a de quoi brouiller toutes les cartes les plus précises. L'équipe franco-canadienne du projet Poly-Arctique a effectué, en avril 2007, des relevés multiples du champs magnétique polaire, déterminant la position du pôle Nord magnétique à environ 550 km au sud du pôle Nord fixé sur les cartes géographiques usuelles. Très précisément  à 83,95° de latitude nord et 121,02° de longitude ouest, au large de l'île canadienne d'Ellesmere. Au fil du temps le déplacement vers l'ouest, en direction de la Russie, de la position du pôle Nord magnétique s'accélère. Depuis que l'explorateur britannique James Ross localisa en 1831, pour la première fois le Nord magnétique vers 65° de latitude nord, en deçà du cercle dit polaire sur la péninsule canadienne de Boothia, c'est-à-dire à près de 2750 km du pôle Nord géographique actuelle; on constate un rythme de dérive peu véloce de 5 à 15 km par an jusqu'en 1989, puis une accélération brutale de 60 km par an jusqu'en 2002 et ensuite une stabilisation autour de 55 km par an jusquà aujourd'hui. Ces variations brusques seraient dues à des changements importants à la surface du noyau, situé à plusieurs milliers de kilomètres sous terre. Celui-ci est constitué d'une sorte de graine de fer solide chaud à 5000° C d'environ 1200 km de rayon, baignant dans une espèce d'enveloppe appelée noyau externe de fer liquide à 80 % et de nickel en perpétuelle mouvements de convection. Ces énormes mouvements, comparables à un gigantesque dynamo, génèrent ce que nous nommons le champ magnétique terrestre, qui protège la planète bleue des particules - néfastes à la vie - du vent solaire et des orages magnétiques perturbant les satellites et les réseaux de télécommunications autour du globe. 

Même notre fidèle boussole, d'invention Chinoise, censée nous montrer en théorie le Nord, perd le nord. Pourrions-nous faire confiance à l'humain, pour toujours retrouver la voie ?

2009-12-25

Dieu & l'homme fort

Un jour, Jésus trouva sur son chemin un jeune homme en pleurs et lui demanda : "Qu'est-ce que tu as ?", l'homme répondit : "J'ai des yeux, mais je ne vois pas !" Jésus toucha ses yeux et rendit la vue à l'aveugle. Celui-ci, tout content, le remercia et repartit les yeux grands ouverts.

Un peu plus loin, Jésus aperçut une femme triste, recroquevillée sur elle-même. Il demanda : "Qu'est-ce qui ne va pas ?", la femme lui répondit : "J'ai des jambes, mais je ne peux marcher !" Jésus toucha ses genoux et rendit la mobilité à l'handicapée. Celle-ci se prosterna jusqu'à terre en le remerciant et repartit hardiment à pas joyeux sur sa route.

Peu après, Jésus croisa un homme dépité n'arrivant pas à sortir un seul mot de sa gorge; Jésus comprit vite sa détresse. Il toucha sa bouche et rendit la parole au muet. Celui-ci le remercia bruyamment puis reprit sa voie avec confiance.

Plus loin, Jésus vit un ancien homme fort, l'air abattu et lui demanda : "Comment allez-vous ?", le vieil homme lui répondit : "J'ai torturé et fait exécuter des centaines de milliers de gens sans aucun état d'âme. Maintenant je gouverne en maître absolu sur le Royaume de Toutes Les Merveilles, mais là rien ne va vraiment bien dans ma tête !" Jésus toucha son front, se mit à l'absoudre et rendit la paix à son esprit tourmenté. L'homme de pouvoir le remercia confusément et continua de plus belle à remplir sa fonction éminente avec beaucoup d'intérêts, sonnants et trébuchants.

Ensuite, Jésus rencontra un homme apparemment sans âge mais désemparé, cherchant timidement des yeux quelqu'un à qui parler, et lui demanda : "Quel est ton problème ?". L'homme répondit : "Je suis Cambodgien !" Jésus s'assit à côté de celui-ci et se mit à éclater en sanglots avec lui.


(Adaptation khmère, inspirée d'une histoire arménienne trans-générationnelle)

2009-12-07

Les Khmers sont-ils vraiment Bouddhistes ?

J'ai le plaisir de retransmettre le message, que je viens de recevoir ce matin, de Monsieur Ong Thong Hoeung auteur de l'ouvrage "J'ai cru aux Khmer Rouges", paru aux éditions Buchet/Chastel, le 5 septembre 2003, Paris, ISBN 978 2 283 01936 8, format 15 x 23 cm, 276 pages, 20 €. Le livre a été traduit en plusieurs langues et, actuellement épuisé chez l'éditeur.

Je souhaite souligner la pertinence de son analyse sur les "trois mécanismes : le nationalisme aveugle, une vision criminelle de l’histoire du type « la fin justifie les moyens » et l’exploitation du bouddhisme."

En voici le texte de Barbara Delbrouck,
http://www.apres-genocide-cambodge.com/ : 



Comment en est-on arrivé là ?


La vision d’un rescapé des camps de rééducation khmers rouges

Cambodge, « pays du sourire ». Difficile d’imaginer comment ce peuple si accueillant a pu en arriver à massacrer un quart de sa propre population. Ong Thong Hoeung, rescapé des camps de rééducation et témoin aux CETC, nous donne quelques clefs pour comprendre. Il met en lumière trois mécanismes : le nationalisme aveugle, une vision criminelle de l’histoire du type « la fin justifie les moyens » et l’exploitation du bouddhisme.


Nationalisme aveugle et vision criminelle de l’histoire

Quand on lui demande comment le génocide a pu se produire, Hoeung essaie de restituer la logique des lieutenants de Pol Pot : « Tout cambodgien, depuis qu’il a pris conscience de l’état de son pays, a peur qu’il disparaisse », explique-t-il. « Or, selon l’histoire, le Cambodge a été un pays glorieux par le passé. Donc comment faire pour le reconstruire et reconquérir ce glorieux passé ? Pol Pot vient simplement donner une réponse à cette interrogation : « Moi je vais construire un Cambodge mille fois plus prospère et puissant, mais pour y arriver, je dois sacrifier quelques personnes. »

Selon Hoeung, Pol Pot passe pour un très grand patriote auprès de ses lieutenants. C’est pourquoi ils pensent que « cela en vaut la peine ».

Hoeung condamne fermement ce principe de « la fin justifie les moyens ». C’est pour lui une vision criminelle de l’histoire, qui a été reprise par de nombreux dictateurs, notamment Hitler ou Staline. Et c’est en vertu de celui-ci que beaucoup de cambodgiens ont fermé les yeux sur quelques principes élémentaires.

« Il faut toujours faire attention ! Si on commence à violer la valeur humaine, ce n’est pas un monde meilleur qu’on construit, mais un génocide ! »


Exploitation du bouddhisme

Dans l’ouvrage « Cambodge année zéro », François Ponchaud explique que le génocide cambodgien ne s’est pas fait en dépit mais en raison de l’influence bouddhiste.

Hoeung réfute cette affirmation. Ce n’est pas la mentalité bouddhiste qui a mené les Cambodgiens à se laisser entrainer dans cette spirale, mais l’exploitation du bouddhisme.

« Le bouddhisme cambodgien est rituel. Il n’existe pas d’école bouddhique digne de ce nom. Mais selon la mentalité cambodgienne paysanne, si quelqu’un est chef, c’est parce qu’il a fait quelque chose de bien dans sa vie antérieure. C’est une question de karma. Il faut donc l’écouter. L’obéissance est au centre du schéma mental cambodgien. Et si le Cambodge ne se donne pas une éducation pour changer ça, rien ne changera. »

Selon Hoeung, on ne peut donc pas vraiment dire que le bouddhisme a eu une influence. « On ne sait pas ce qui se serait passé si les Cambodgiens étaient chrétiens ou musulmans ! » lance-t-il. L’histoire lui donne malheureusement raison, les génocides sont un phénomène mondial. L’horreur n’a pas de religion officielle.

2009-11-18

En ce qui concerne...

Cet après-midi, au retour d’une balade dominicale en famille, je feuillette la pile de courrier que je viens de sortir de ma boîte aux lettres. Une enveloppe blanche au format A6 d’aspect anodin, portant la mention « eco’pli / 09.07.09 LAPOSTE / 94 CRETEIL CTC / CI 393D » sans indication d’expéditeur, attire ma curiosité. Elle est adressée à « Sensei T » (" Maître T ") suivi de mes prénoms et adresse. C’est sous ce qualificatif que l'on nous désignait autrefois, mon frère et moi, lorsque nous fréquentions assidûment le lieu d'entraînement du Dojo de Paris, dans le 14ème arrondissement. L’appellation traditionnelle de Sensei (Sinn Sè, en Chinois Teochew) désigne littéralement « Celui qui précède ». C'est le passeur, l’enseignant qui fut autrefois l'élève et qui, après avoir été initié, montre à son tour le chemin. Autrement dit, le passeur ou លោកគ្រូ est un Laurk Krou (Monsieur le គរុ Gourou, en Cambodgien), celui qui transmet la pratique de la Voie. Cette mission de transfert de savoir replace irrémédiablement le « Maître » à sa juste valeur. En sa qualité liminaire de pratiquant de première heure, il possède la technique et peut l'enseigner à ses élèves, mais elle ne lui appartient pas en propre et ne lui apporte aucun profit personnel ni aucune gloire. Il agit humblement, fort de la vision réaliste du Senpai (en Cambodgien : រៀមច្បង Ream Chbaorng = l’aîné d’expérience) et se réfère toujours à l’esprit Shoshin du débutant, lequel est, remise en question de soi, pédagogie de la pratique du corps et de l’esprit.

L'origine d'une telle maîtrise remonte à très loin dans la tradition d’éveil : au moins à l'époque du Bouddha historique Siddharta Gautama ou Sakyamuni-le moine silencieux du clan Sakya. Celui-ci est l’exemple-type et le parfait modèle de l'homme parvenu à l'éveil. Trop parfait, dirions-nous, car tous les dévots obséquieux l'ont idéalisé à l'envi et en ont fait une figure religieuse, un être supérieur vénéré comme une idole. Ainsi est-il déifié par la hiérarchie de clergés qui prêche une religion bouddhique emplie de splendeur fantasque, bien éloignée du principe d'éveil dont on tire son origine. Le Moine Silencieux a vécu, enseigné et montré le chemin de réalisation de soi. Son héritage est multiforme et sa profondeur reste considérable. Une telle richesse constitue un apport précieux pour le devenir de chacun, mais elle donne lieu à des interprétations innombrables, voire fallacieuses, dont la plupart ne servent qu'à assouvir l’intérêt confondant de telle ou telle communauté et à conforter la structure monacale des écoles de différentes obédiences, qu'elles soient Hinayana (Theravada, Préceptes des Anciens), Vajrayana (rDo-rje theg-pa en Tibétain « Véhicule de Diamant », encore appelé Mantrayana secret : gSang-sngags-kyi theg-pa, ou Tantrayana) ou Mahayana (Grand Véhicule, Potentiel universel d’éveil). Il est temps aujourd'hui de revenir aux sources, de retrouver la voie juste, la "bodhi-line", loin de tout culte ou adoration des êtres qui, mal perçus dans leur fonction de passeur, ne sont plus des modèles mais des écrans à la vraie réalisation de soi...

Joignant les deux poignets, les doigts et les paumes des mains rassemblées, les avant-bras horizontaux placés naturellement en ligne droite devant la poitrine, nous formons le Mûdra – signe magique de la tradition indienne, de l’harmonie. Pas d’adoration, d’incantation, de croyance, ni soumission aveugle à l’omniscience de l’on ne sait quelle autorité trépassée, vivante ou autre pouvoir visible, invisible ou divin. Ce signe relie. Nous relie à l’univers. Le Bouddhisme libère, n’asservit pas le mental et ne promeut ni le bien ni le mal.

La première chose sur laquelle nous pouvons travailler, d’abord consciemment, est justement la conscience. Je suis : où ? Qu’y a-t-il autour de moi ? Prendre conscience de soi, regarder, tout embrasser, devenir un pur observateur auquel rien n'échappe puis adopter l'attitude juste ! Par exemple, je monte dans un train bondé, je vois de la place plus loin, je me déplace. Quelqu’un descend, j'en profite alors pour occuper l’endroit d’une autre manière, plus équilibrée. Il m'arrive aussi d'être incommodé par un voisin indélicat : monte à mes narines une fragrance dont je me passerais bien, une fragrance de quelqu’un qui n'a pas pris sa douche depuis deux mois. Dès que possible, je change de voiture pour trouver un air meilleur. Difficile, aussi, dans les transports en commun, d'échapper aux pollutions sonores. Afin de meubler leur temps de trajet, certains inconditionnels du téléphone portable se lancent à plein poumon dans des conversations interminables et débitent sans compter aux malheureux voyageurs de passage le récit circonstancié de leur existence. Dans ce cas, je reste calme et me mets en état de concentration Kinhin, ou "méditation en mouvement ». Le train ralentit, ne roule plus ? Évidemment je crains de ne pouvoir arriver à l’heure. Mais si je m’énerve et trépigne, si je gesticule comme si je voulais pousser le wagon à aller plus vite, cela n'avance à rien, sinon à une dépense superflue d'énergie. Alors j’affiche un sourire, destiné à moi-même et non à l'attention d'autrui, qui n'exprime rien de particulier sinon ma liberté d'esprit, mon détachement vis-à-vis de ce qui peut m'enfermer mentalement. Attention toutefois à ne pas éveiller les susceptibilités car ici, en Europe, il faut prendre garde à ne pas fixer une autre personne tout sourire : ce pourrait-être perçu comme une provocation, une moquerie qui déclencherait inutilement le mode violence à mon encontre !

2009-10-31

Alphamagic Square

The first known magic square, discovered in ancient China is named the "Lo Shu". It can be found magic squares for which the numbers of letters in the word for each number in a magic square generates another one.

Here below is a magic square, derived from a fifth century anglo-saxon runic charm :                             
                                                 5        22      18
                                                 28      15       2
                                                12       8        25
As you see, in this magic square, each of the rows, columns, and all the two major diagonals of this array of numbers add to a constant sum of forty-five.

If you spell out in English for each of these numbers, you may get the array of words, here below :
                        FIVE                       TWENTY-TWO       EIGHTEEN
                       TWENTY-EIGHT       FIFTEEN               TWO
                       TWELVE                  EIGHT                  TWENTY-FIVE

If you count out the Roman alphabet letters, for example : "FIVE", four letters; "TWENTY-TWO", nine letters... Entering each counted number, you may get this array :
                                             4        9       8
                                             11      7       3
                                             6       5       10 

It also forms another magic square, which all the rows, columns, and the two main diagonals add to a constant sum of twenty-one.