Les origines de l'hindouisme remontent au IIIe millénaire avant Jésus-Christ, à la civilisation de l'Indus. Pour les hindous, les Vedas, révélés aux sept Rishis (ṛ ṣi , ऋषि , ឫសី ou ឥសី Ei Sei en Cambodgien), constituent les fondements de leur spiritualité. Veda, en sanskrit devanāgarī : वेद , veut dire «vision» et «découverte». Les deux termes conjugués renvoient bien le sens de "connaissance révélée" (soulignons à ce propos que le mot "connaissance" en sanskrit est Shramana, il signifie aussi "personne initiée" ou "être éclairé", et constitue par ailleurs la racine du mot Chaman, qui désigne le réceptacle humain des Savoirs). Transmis oralement dans une langue archaïque avant d’être consignés par écrit par le grand compilateur Vyasa, les Vedas comprennent des hymnes et des invocations à caractères sacrés, voués aux rites du sacrifice, dont le sens intérieur s’est peu à peu perdu au fil du temps. De nouveaux textes apparurent au Ve siècle avant J.-C. Il s’agit d’une part des Brahmanas, qui se sont attachés à conserver les formes védiques, à préciser le sens symbolique des cérémonies et des mythes traditionnels, et d’autre part des Upanishads, textes philosophiques qui eurent pour vocation de retrouver par la méditation l’esprit même des Vedas. Toutefois, ces commentaires, exprimés en termes plus intelligibles, ont davantage contribué à fonder le Vedanta qu’à livrer le vrai secret des intuitions védiques. Ils ont été à l’origine d’une renaissance, d’une nouvelle connaissance et expérience spirituelles dont découlent tous les courants philosophiques de l’Inde, toutes les croyances et vénérations aux dieux du panthéon indien.
Si le Vedanta a supplanté les Vedas, il faut cependant remarquer qu'il n'y a pas eu de réelle cassure entre la forme archaïque et la pensée plus récente. La continuité fut assurée par une fidèle référence au Brahman, demeuré le centre de la spéculation traditionnelle. En outre, certaines Upanishads de date ancienne ont des attaches védiques, tandis que d’autres ont été intégrées aux Vedas, après une longue période de controverses. Au corpus initial du "Triple Veda" - le Rig-Veda (ऋग्वेद), premier recueil composé de stances, le Sama-Veda (सामन्), second texte qui regroupe les chants rituels agrémentés de leurs modes de cantillation, et l’ Yajur-Veda (यजुर्वेद), troisième ouvrage composé de mantras ou formules sacrificiels - est venu s’ajouter l'Atharva Veda, quatrième recueil de magie blanche et noire issu de la famille de Rishis brahmans Atharva (अथर्वा), suggérant ce qui est convenu d'appeler le «Quadruple Veda».
Les manifestations du Brahman
Le Dieu des Vedas désigne la réalité ultime de l’Absolu, il est l'Être universel, le Un, le Brahman capable de se déployer sous divers noms et différentes formes manifestées, présent aussi en tant que Soi ou Atman en chaque être individuel. La pratique populaire fait abstraction de cette philosophie complexe et pas toujours accessible de l'unité divine, en se contentant d'adorer une seule divinité, sans toutefois rejeter les autres. Considéré généralement comme un polythéisme, cette pensée transcendante proclame l'Absolu sous de multiples formes. On dénombre plus de 330 millions de divinités vénérées par les hindous dans le monde.
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En France, selon les données provisoires du bilan démographique de l'année 2009 rendu public mardi 19 janvier 2010 par l'Insee, nous sommes 65,4 millions d'habitants et près de 500 millions en Union Européenne à 27. Comparé à ces chiffres, le nombre de 330 millions de divinités correspond donc à plus de 5 fois la population française et à plus de trois cinquièmes de celle de l’Europe.
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C’est dire combien le panthéon indien forme une vaste population, sans compter les divinités ចុតិ, ច្យុត, ច្យុតិនៃទេវតា qui apparaissent parfois sous des formes humaines ou animales, appelées អវតារ avatars, et les épouses des dieux, leur parèdre féminin, qui représentent leur énergie personnifiée.
Derrière cette arborescence aux ramifications complexes, qui se réfère toujours à la racine première de l’unité divine, trois grandes figures se démarquent de la multitude et font l’objet d’un culte particulier. Afin de réaliser le Brahman, de se fondre en lui, on s'adresse à l'une des manifestations de la triade divine, encore appelée Trimūrti, qui correspond aux trois aspects fondamentaux et indissociables de l'univers. Il s’agit de Brahmā, l’aspect créateur, Vishnu, l’aspect protecteur, et Shiva, l’aspect destructeur.
Brahmā, le créateur
ព្រះព្រហ្ម Preah Prum en Cambodgien, Tschang-pa en Tibétain, Fanwang en Chinois ou Bonten en Japonais. Cet ordonnateur de la matière et de l'univers est né dans une fleur de lotus, celle-ci émergeant du cordon ombilical de Vishnu. Il est représenté muni de quatre têtes couronnées, quatre mains détenant la cuillère sacrificielle, les Vedas, un chapelet et un pot d'eau. Assis sur une fleur de lotus qui symbolise l'élévation spirituelle, il se déplace sur sa monture, le cygne សត្វហង្ស capable de discerner le bien et le mal. Son épouse est la déesse de la connaissance, appelée Saraswatĩ. Les hindous ne l'ont pas beaucoup adoré. En revanche, Brahmā reste une figure fréquente dans le bouddhisme, il intervient en tant que dieu capable de solliciter l'enseignement d'Éveil du Bouddha. Brahmā est aussi le nom donné au premier des domaines célestes des divinités de la forme pure, où les croyants laïcs qui ont accumulé tous les mérites par leurs actions de donations à la Sangha - la communauté bouddhique - peuvent espérer y renaître. Ce premier ciel se partage en trois : le ciel Brahmapārshadya (Bonshuten, en japonais), le ciel Brahmapurohita (Bonpoten) et le ciel Mahābrahman (Daibonten). Certains bouddhas comme Vairocana à quatre visages et quatre bras incarnent la forme de Brahmā.
Les avatars de Brahmā sont Hiranyagarbha, Prajapati, Vidhi, Lokesha, Dhatri et Vishvakarma.
La Shakti ou Parèdre de Brahmā est Sarasvati, ses avatars sont Brahmi, Sarada, Vagishwari.
Vishnu, le conservateur de l'Univers
ព្រះនរាយណ៍, ព្រះនារាយណ៍ ou encore ព្រះវិស្ណុ en Cambodgien. Doté de quatre mains, détenant une conque dans laquelle il souffle afin de combattre les forces du mal, ce dieu est aussi représenté muni d’un disque tournoyant autour de son index afin de décapiter les démons, d’une masse d'or, signe de sa puissance et d’une fleur de lotus. Il est traditionnellement représenté endormi, incarnant la stabilité du monde du moment, mais durant son sommeil, il songe déjà à concevoir le prochain. Bienveillant et protecteur, Vishnu assure la vie et la préservation du monde. Pour permettre son intervention directe dans le cours des choses, il se manifeste sous forme d'un avatar. Son véhicule est l'aigle mythique សត្វគ្រុឌ Garuda, celui qui étend la connaissance. Son épouse est la déesse de la beauté et de prospérité, appelée Lakshmi.
Pour n'évoquer que les dashavatārās (dix avatars), selon la tradition récente, citons :
1. Matsya, (មច្ឆា Matcha, en Cambodgien) le poisson : lors d'un déluge, Vishnu apparaît sous la forme de poisson à មនុស្ស Manus, la première humanité.
2. Kûrma (कुर्म), la tortue : après le déluge, Vishnu se manifeste sous la forme d’une tortue géante, se posant au fond de l'océan pendant que les dieux apposent une montagne sur sa carapace et lui impriment une rotation, entrainant ainsi le mouvement dit de barattage de la mer de lait. De ce mouvement sont nées la déesse Lakshmi, ព្រះច័ន្ទ Preah Chandra la lune, la vache sacrée Surabhi, etc.
3. Varāha, le sanglier : afin de terrasser un démon qui cherche à précipiter les terres et ses habitants à la mer, Vishnu s'incarne en sanglier.
4. Narasimha, l'homme-lion : le démon Hiranyakashipu s'attaque à un dévot; pour le sauver, Vishnu se manifeste en guerrier à tête de lion, et fait surgir une muraille de pierre.
5. Vāmana, le nain : Vishnu s'incarne en nain capable de parcourir tout l’espace environnant puisqu'il arrive à l’enjamber en trois pas, ceci afin de contraindre le démon Bali à la défaite.
6. Parashurāma, le prince combattant ou Rāma à la hache : Rāma , fils d'un roi destitué par son épouse, supprime la reine traîtresse et réussit à vaincre seul l'armée du tyran.
7. Rāma Chandra, le vainqueur : Sita, la femme de Rāma est enlevée par le souverain de Lanka. Hanuman et d’autres divinités incarnées en animaux aident Rama en établissant un pont jusqu'à l'île de Ceylan (l’actuel Sri Lanka). Rāma livre bataille sur l'île et élimine le ravisseur. La fameuse épopée Rāmayana est transcrite en Cambodgien sous le titre de រាមកិរ្តិ៍ Rāmakirti, connue partout en Asie du Sud-Est.
8. Krishna, le guerrier foudroyant : pour éviter son oncle infanticide, Krishna (bleu-noir, en Sanskrit) est exilé chez des bergers. Adolescent, très beau et fort, il est capable de séduire les vachères avec sa flûte enchantée. Il mène une lutte sanglante contre ses cousins, avec la complicité d'Arjuna, contée dans l'épopée Mahābhārata (महाभारत).
9. Bouddha, l'Éveillé : l'ultime incarnation, paraît-il, de Vishnu.
10. Kalki, le jugement ultime : incarnation de Vishnu à venir.
La Shakti ou Parèdre de Vishnu est Lakshmi, ses avatars sont Sita, Rukmini, Padma.
Shiva, le destructeur
ព្រះឥសូរ Preah Ei So, ព្រះសិវៈ Preah Sé Veak, en Cambodgien. Avec un cobra autour du cou, tenant un trident, il est représenté parfois assis sur une peau de tigre, symbole des instincts maîtrisés. Le lingam sous forme de phallus est son emblème, symbolisant l'énergie créatrice - la source du monde. Sa tête porte un croissant de lune, symbole du cycle du temps et, de sa chevelure coule le Gange, le premier fleuve sacré. Seigneur de la danse cosmique, des ascètes et des yogis, à la fois complexe et contradictoire, il représente l'action destructrice - inéluctable et regénérante - de l'Absolu. Sa monture est le taureau Nandi. Son épouse est la manifestation bienveillante de la déesse Mère, symbole de l'épouse aimante, appelée Parvati. Les dévots shivaïtes arborent sur leur front le signe de trois bandes blanches.
Les avatars de Shiva sont Mahesh, Nataraja, Rudra, Bhairava, Dakshinamurti, Kameshvara.
La Shakti ou Parèdre de Shiva est Parvati, ses avatars sont Annapurna, Lalita, Kali, Durga, Santosh.
L'Absolu sous de multiples formes
Il est une multitude de divinités mineures ou majeures dans le culte ou l'invocation :
ព្រះឥន្រ្ទ, ព្រះឥន្ទ, en Cambodgien. Indra est le chef suprême ou le Dieu supérieur de toutes les divinités des divers étages de cieux.
ព្រះគណេស Preah Ganeh, ព្រះវិឃ្នេស, ព្រះភឃ្នេស, en Cambodgien. Le dieu Ganesh à tête d'éléphant est réputé porter chance aux commerçants et navigateurs, le rat est sa monture.
Le dieu Muruga, vénéré surtout par les Tamouls, porte l'aspiration de jeunesse éternelle. Le paon est son animal associé.
La guerrière Durga, une des épouses de Shiva, représentée en sari rouge, est dotée de dix bras portant chacun une arme.
La terrifiante Kali, à plusieurs bras, est représentée avec une guirlande de crânes autour du cou, une ceinture d'avant-bras à la taille.
Yoga de la vie
Comptant plus de 900 millions de fidèles, l'hindouisme est la religion la plus vieille de l’humanité. Elle se caractérise aussi par l’importance accordée aux notions de Karma (le poids des actes) et de Samsara (le cycle continuel des renaissances). Afin de parvenir à la libération, nombre de techniques de yoga ont vu le jour, mais la plupart ne perçoivent plus le salut au sens védique du terme, comme une victoire sur l’ignorance, grâce à la descente dans l’homme d’une conscience divine. Elles consistent à s’extraire au plus vite de ce cycle des renaissances pour atteindre un état de béatitude. La réalisation de l’Unité au sein de notre monde de division, peuplé de formes multiples en perpétuelle évolution, fut pourtant l’impulsion première à l’origine de l’hindouisme.
De ce complexe et riche enseignement, citons Sri Aurobindo (15 août 1872 - 5 décembre 1950) : "Si dans la Multitude nous poursuivons avec insistance l'Un, c'est pour revenir avec la bénédiction et la révélation de l'Un se confirmant dans le Multiple." La quête de l'essence divine, pour une vie pleine en communion cosmique. "La véritable clé du Veda se trouve dans l’intelligence d’un sens plus intérieur." Ce que cherche à transmettre les Rishis (ឫសី ou ឥសី Ei Sei en Cambodgien) relève de l'initiation car le Veda reste dans son principe le livre prédestiné de l’illumination spirituelle et de la culture de soi. Ces notions ne veulent plus dire grand chose aujourd'hui , mais il s'agit pourtant de les redécouvrir dans notre réalité quotidienne pour réellement progresser. Car si ce monde de haute technologie et de finance de haut vol a de quoi fasciner, les épreuves qu'il nous assène contribuent, peu ou prou, à une remise en cause, à un retour au centre, à une ré-interrogation de notre humanité intrinsèque. Qu'est ce qui se cache derrière notre quête persistante de bonheur, qu'est ce qui nous pousse à vivre tout simplement ?
Bibliographie
"Sri Aurobindo ou l'aventure de la conscience" par Satprem, 398 pages, aux Éditions Buchet/Chastel, Paris, mars 2010, prix 25 €, ISBN 978 2 283 01972 6.
"L'Arbre du yoga" par B.K.S. Iyengar, 266 pages, aux Éditions Buchet/Chastel, Paris, janvier 2007, prix 18 €, ISBN 978 2 283 02039 5.
"Pranayama dipika, Lumière sur le Pranayama" par B.K.S. Iyengar, 292 pages, aux Éditions Buchet/Chastel, Paris, octobre 2007, prix 37 €, ISBN 978 2 283 02302 0.
"Yoga, Joyau de la femme" par Gīta S. Iyengar, 342 pages, aux Éditions Buchet/Chastel, Paris, avril 2006, prix 35 €, ISBN 978 2 283 02207 8.
"Lumière sur les Yoga Sūtra de Patañjali, Patañjala Yoga Pradīpikā" par B.K.S. Iyengar, 544 pages, aux Éditions Buchet/Chastel, Paris, janvier 2004, prix 35 €, ISBN 978 2 283 01819 4.
(Écrit avec la collaboration aimante de Dominique)






















